Que signifie littéralement le mot "trèfle", en latin trifolium? A trois feuilles! Autant dire que chercher un trèfle à quatre feuilles, c'est demander l'impossible. Alors, quand l'impossible se révèle soudain à portée de cueillette, on se sent investi d'un pouvoir particulier, que l'on attribue à cette anomalie de la nature. Sa rareté lui donne sa valeur ; la superstition fera le reste. Pour être un porte-bonheur, le vrai trèfle à quatre feuilles doit don être trouvé par hasard : c'est un signe du Ciel. Un vieil adage le promet : "une feuilles pour la renommée, une pour la richesse, une pour l'amour sincère et une pour la santé.

De toute façon, même avec ses trois modestes folioles, le trèfle a toujours été considéré comme bénéfique. L'expression paysanne "baigner dans le trèfle" s'applique à quelqu'un qui vit dans la prospérité.

Pour les Grecs, si les cheveaux de Zeus sont infatigables, c'est qu'ils se nourissent de trèfles, et Homère attribue à la plante le pouvoir de procurer la richesse et l'immortalité. Les druides s'en servent à des fins météorologiques (la plante redresse ses feuilles pour annoncer l'orage) et vénèrent le quadrifolium, profitant des cueillettes de gui pour le chercher en croisant les doigts.

Le christianisme ne fait qu'une bouchée du symbole existant : en effet, pourrait-on trouver meilleure figuration de la Trinité? Saint Patrick s'en sert à des fins pédagogiques pour initier les irlandais à ce mystère ; le trèfle devient ainsi l'emblème de l'Irlande. Celui à quatre feuilles passe pour avoir été rapporté par Eve lorsqu'elle fut chassée du jardin d'Eden. On ajoutera qu'il forme une croix, symbole religieux protecteur s'il en est, et même une croix dont chaque branche serait un coeur, qui rime si bien avec bonheur.

On le porte en boutonniére, on le fait sécher dans son portefeuille, on le glisse dans ses chaussures ou on l'offre à sa bien-aimée ; il protège les fantômes, rend chanceux au jeu, garantit le mariage, décuple l'effet des messes... le trèfle à quatre feuilles sert à tout! C'est le porte-bonheur le plus répandu en Occident. Loin de rester confiné aux campagnes, il connait un succés fulgurant dans les villes, notamment à Paris à la fin du 19éme siècle, où il se voit décliné sur des bijous, des boutons, des chaînes de montre et, plus encore, sur des cartes de voeux.

Mais les petits malins ne s'arrêteront pas en si bon chemin : il existe des trèfles à cinq, six, voire sept feuilles! Quand il s'agit d'être heureux, on ne compte pas...