Un reptile à bec, au corps enfermé dans une carapace, avec un petite air préhistorique : la tortue est un animal insolite. Elle inspire nombre de symboles positifs dans des civilisations différentes... sauf pour les chrétiens, qui, comme souvent, ont pris l'étrange. En Chine, au Japon et en Afrique noire, on voit dans sa carapce le symbole de la voûte céleste, son corps plat figurant la Terre, ainsi protégée : la tortue représente donc à elle seule l'Univers. Selon d'autres traditions, comme au Tibet, en Inde, chez les Indiens d'Amérique (qui l'appellent "grand-mère") ou les Kalmouks de Sibérie, la tortue est l'ancêtre mythique de l'humanité, celle qui. A la fois Ciel et Terre, elle est aussi, symboliquement, mâle ou femelle, dans l'imagerie chinoise, amérindienne et africaine, le mouvement de sa tête évoquant l'érection phallique, engloutie dans un corps rond. Pour les hindouistes, cette capacité à se replier sur soi, corroborée par son hibernation, est un symbole de concentration spirituelle. A leurs yeux, la tortue est la sagesse incarnée. Par ailleurs, ses formidables facultés procréatrices en font un symbole d'abondance. En Orient, offrir une tortue à des jeunes mariés leur apportera le bonheur et garantira au couple prospérité, fertilité et durabilité. Car ce qu'évoque par-dessus tout la tortue, de façon universelle, c'est la longévité : non seulement c'est un animal qui vit longtemps et qui avance si lentement qu'il semble avoir l'infini devant lui, mais l'espèce a aussi la réputation d'être restée inchangée depuis les temps préhistoriques. les japonais lui prêtent même plusieurs dizaines de milliers d'années de vie. Et pourtant, malgré tous ces symboles positifs, la tortue a été diabolisée en Occident. Son nom vien du tartare, ce gouffre de l'enfer dans la mythologie grecque. les premiers chrétiens maudissent l'animal parce qu'il hante les lieux souterrains et que sa tête ressemble à celle du serpent. Jusqu'au XVIe siècle, on représente les tortues comme des créatures mythiques, gigantesque et malfaisantes, chevauchées par des démons. Puis, les naturalistes rétablissent la vérité dans sa modestie : peu à peu, on en vient à s'attendrir sur sa lenteur obstinée et inoffensive, et elle prend place dans les contes. A la fin du XIXe siècle, le poète Robert de Montesquiou lance la mode des tortues porte-bonheur sous forme de broches. la coutume perdure, sa carapace reste, en cadeau, la promesse d'une longue vie, et la tortue occidentale rejoint enfin ses consoeurs du monde entier au paradis des êtres bons. Gageons que ces brefs siècles de malédiction n'auront fait que lui glisser dessus.
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