Il orne encore aujourd'hui nombre de bijoux féminins, et pourtant le serpent symbolise le Mal, du moins selon la tradition chrétienne, par opposition aux autres civilisations. Est-ce précisément pour combattre le Mal par le Mal lui même que les mues de serpent sont considérées comme des porte-bonheur? Dans les fermes, on les accroche dans la salle commune ou dans l'étable, on les cache dans l'armoire à linge ou dans sa poche. Elles sont censées prémunir contre les ensorcellements et faire gagner au jeu. Elles rappellent ainsi la fonction d'esprit-gardien que les Grecs et les Romains attribuaient au reptile : quand l'un d'entre eux pénétrait dans une maison, on lui élevait un petit autel domestique et la demeure était considérée sous sa protection, à l'abri du malheur. Car le christianisme est l'une des seules cultures à avoir fait du serpent un animal néfaste, le vif tentateur qui dévoya Eve, mais qui lui ouvrit aussi la voie vers la connaissance : à ce titre, il est l'emblème des médecins (et figure sur les caducées des pharmacies), à commencer par Esculape, dieu grec de la Médecine doté du pouvoir de ressusciter les morts. Pour les Chaldéens, pour les Arabes également, le mot "serpent" et le mot "vie" se prononcent presque de la même façon. L'ouroboros, le serpent qui se mord la queue, est un symbole du cycle de la vie perpétuelle. C'est l'un des thèmes privilégiés des amulettes d'Afrique occidentale. En Egypte, le cobra royal dressé symbolise, comme pour les chrétiens, la connaissance, mais aussi la souveraineté et l'éternité. Il est traditionnellement le gardien des temples, des tombes et des trésors. Puisqu'il est "celui qui sait", le serpent est associé par la mythologie grecque au don de prophétie (Tirésias et Cassandre font sa rencontre ; "python" et "pythie" sont de la même famille). Une pratique divinatoire appelée ophiomancie consite à tirer des présages des mouvements d'un serpent, élevé à cet effet. En Inde aussi, il est considéré comme un messager divin, en même temps que le symbole de l'énergie sexuelle, tandis que dans de nombreuses sociétés africaines, il est le maître de la fécondité. Etrange et rapport profond aux femmes, donc, qu'il est censé pouvoir féconder, dont on craint qu'il les tète, comme il le fait avec la vaches, que l'on éloigne des femmes enceintes et dont la dépouille facilite pourtant les accouchements... Mélange d'attirance et de répulsion qui subsite dans les bijoux, pour un symbole également phallique dont le sens, comme le corps, paraît glisser entre les doigts.
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