Des bancs de mille poissons, des poissons aux mille écailles et qui pondent des milliers d'oeufs : cet animal, considéré comme un symbole bénéfique dans de nombreuses civilisations, représente avant tout l'abondance. La pêche reposant, pour une bonne part, sur le hasard, c'est un signe du destin quand elle est miraculeuse. Le poisson est, en quelque sorte, la manne divine des peuples du littoral : très nourrissant et inépuisable, mais aléatoire, échappant à la meilleur symbole pour la chance? Les Japonnais ont toujours étudié de près les comportements de leurs poissons rouges : quand ils s'agitent frénétiquement, c'est qu'un séisme se prépare. De là à faire du poisson un oracle, il n'y a qu'un pas. Dans l'Antiquité, une pratique divinatoire consite à examiner ses entrailles : c'est l'ichtyomancie, du grec ikhthus, "poisson". Les premiers chrétiens font du poisson l'emblème du Christ à partir de ce mot grec, qui contient les initiales de l'expression "Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur" (en grec : Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr). Un symbole modeste, mais facile à dessiner, qui leur permet de se reconnaître à l'insu de leurs précurseurs. Ils gravent notamment ce mot sur les os de la tête d'un poisson, appelés "pierres de l'oreille", qu'ils conservent sur eux comme une amulette. Cette pratique, récupérée par le christianisme, est cependant bien antérieure à l'ère chrétienne : plusieurs civilisations ont considéré que ces os avaient un pouvoir protecteur. Par exemple, les pêcheurs canadiens du lac saint Clair cherchent dans la tête des poissons une petite pierre calcaire sur laquelle serait inscrite la lettre "L", initiale du mot anglais luck, "chance". Aux Etats-Unis, ce sont plutôt les écailles qui font office de porte-bonheur : glissée dans une bourse, l'une d'elles assure la fortune. D'ailleurs, de nombreux contes comparent ces écailles étincelantes à de l'argent. Le shéma est toujours le même : un poisson d'or supplie le pêcheur de lui rendre la liberté, lui promettant la prospérité en récompense. Même symbole de prospérité en Tunisie, où l'on accroche un poisson vert à l'entrée des boutiques ; ses paillettes repoussent les démons, et la frange attire la pluie. En Chine, où il est symbole de chance, on le vend sous forme de colifichet doré aux écailles articulées ; en Inde et en Syrie, il garantit aux femmes la fertilité ; en France, il est associé aux voeux de bonheur du 1er avril, autrefois le jour de l'an (jusqu'en 1564), symbole éminemment positif du printemps.