Plantigrade avant tout, l'ours marche debout, comme l'homme : ce point commun lui a valu une histoire mouvementée. Vénéré depuis les temps préhistoriques, l'ours est considéré par les Amérindiens, ainsi que par certaines peuplades de Sibérie ou du Japon, comme l'ancêtre mythique des hommes : il est appelé, affectueusement, "grand-père". cette légende est probablement à rapprocher de la croyance, fort tenace, selon laquelle les ours seraient attirés sexuellement par les femmes, auxquelles sa fréquentation est universellement interdite. En effet, puissant et poilu, l'ours représente la virilité par excellence. Dans les sagas nordiques, les guerriers s'abreuvent de sang d'ours pour accroître leur courage. Selon la légende grecque, c'est en ours que Zeus se serait déguisé pour s'unir à la nymphe Callisto. Héra, jalouse, la transforme en ourse, ourse que Zeus métamorphose à son tour en constellation. L'animal effraie d'autant plus par sa sauvagerie qu'il vit dans d'obscures cavernes, symboles de nos pulsions bestiales pareillement incontrôlables. A partir du XII siècle, il cède la place de roi des animaux au lion, jugé plus noble, tandis que le christianisme concentre sur l'ours toute la violence et la lubricité attribuées au diable. La peur prend le pas sur le respect, mais s'il perd son prestige, celà n'entame en rien son pouvoir, au contraire. Nombre de recettes magiques préconisent l'emploi de poils ou de graisse d'ours. Ses griffes et ses pattes sont dotées d'un pouvoir d'amulette, notamment à cause de la croyance, répandue dans le monde entier, selon laquelle l'ours peut se nourrir simplement en se léchant les pattes. Clouée sur une porte, sa patte éloigne donc les mauvais esprits, tandis que sa dent soulage celles des enfants et que ses griffes sont arborées par les sorciers de tout poil. Mais le plus surprenant des retournements en faveur de l'ours est celui de nounours, doudou protecteur des petits, encore accroché parfois aux sacs à dos. L'expression américaine "Teddy Bear" viendrait d'une anecdote datant de 1902 : une chasse à l'ours, organisée en l'honneur du président Theodore Roosevelt, n'aboutit qu'à la capture d'un inoffensif ourson. Le président, magnanime, refusa qu'on le tue et parut dans la presse aux côtés du petit animal gracié. L'affaire eut un certain retentissement, et un fabricant de jouets sortit un ourson de tissu baptisé Teddy, surnom du président, et la mode fut lancée. On dit que lors de l'expédition sur la lune de l'astronaute Neil Armstrong, l'un des ingénieurs ne voulut pas se séparer de son nounours. N'est-ce pas là un avatar bien contemporain d'une longue tradition de porte-bonheur?