Créature mythique, la licorne est, curieusement, commune à des civilisations très différentes. Dès le Ve siècle avant J.-C., l'historien grec Ctésias mentionne des "ânes sauvages" aux yeux bleus pourvus d'une "corne au front d'une longueur d'une coudée...entièrement blanche. Au 1ersiècle, Pline évoque "l'unicorne du pays des Indiens-Orséens", en Afrique. Parallèlement, la licorne hante la Chine, où elle est considérée comme un symbole royal. En Europe, elle connaît ses heures de gloire au Moyen Âge : elle orne le blason de la famille royale d'Angleterre et est magistralement représentée sur la célèbre tapisserie du musée de Cluny, La Dame à la licorne. Par la suite, et jusqu'au XVIIIe siècle, de nombreux voyageurs affirment en avoir ve, principalement en Afrique. Ce n'est qu'à partir du milieu du XIXe siècle que la licorne n'est plus considérée comme une espèce disparue, mais comme un animal fantastique. Si les croyances ont perduré, c'est qu'il existait un véritable trafic de cornes de licorne. En effet, comment ne pas croire en l'existence de l'animal, puisque sa corne se vend? Bien sûr, c'est une denrée rarissime... qui n'en a donc que plus de valeur. Elle figure, par exemple, parmi les trésors de l'abbaye de Saint-Denis, de la cathédrale de Strasbourg ou de l'église Saint-Marc à Venise. Elle est le symbole de la pureté ultime, celle de Marie fécondée par l'Esprit saint sans perdre sa virginité. En effet, c'est un animal fémionin d'une blancheur parfaite, mais dont le front est pourve d'un symbole phallique : elle figure donc cet idéal miraculeus de l'enfantement sans défloration. Soit, finalement, une forme de fécondité spirituelle, la pénétration du divin dans la créature. Les légendes l'associent aux jeunes filles vierges (elles seules peuvent approcher les licornes), et les pratiques magiques sont liées à ce pouvoir purificateur : la corne est utilisée pour détecter les poisons, veiller sur les femmes enceintes, décupler le désir des hommes tout en préservant la chasteté des épouses en l'absence du mari. On la sculpte en poignard, en gobelet, et, bien sùur, en amulette ; on la consomme également réduite en poudre. Alors, d'où provient réellement cette corne que l'on trouve encore aujourd'hui chez les antiquaires? Il s'agit tout simplement de celle du narval, surnommé "licorne des mers", grand mammifère marin de plus de 4 mètres de long vivant dans l'océan Arctique, longtemps pourchassé pour sa défense d'ivoire et aujourd'hui en voie d'extinction...

 

Seul le mâle porte une défense, voire même quelquefois deux. Pour en savoir un peu plus : http://membres.lycos.fr/netfrog/narval.htm