La Bible dit du lézard qu'il est l'un de ces "êtres minuscules sur la terre, mais sages entre les sages" (Proverbe, 30, 24). Pourquoi échapperait-il au caractère maléfique généralement attribué aux reptiles? Selon certains, parce qu'il est capable de rester de longues heures immobiles au soleil, figurant une sorte d'extase contemplative que le monde contemporain interprète plutôt comme de la paresse. Selon d'autres, à cause de la croix jaune d'or qui apparaît parfois sur sa tête. Associé au serpent, symbole du Mal, le lézard est plus ambivalent : il est l'animal favori des mages noirs, notamment dans les pays germaniques (en allemand, Eidechse, "lézard", est de la même famille que hexe, "sorcière"), et sa rencotre est considérée comme de bon augure, par exemple au Tibet et au Sénégal. En Italie, c'est même un animal sacré. Incarnant le "bon côté" des reptiles, le lézard est l'ami de l'homme : en Amérique du Sud, le tupinambis siffle quand surgit un crocodile ; en Guyane, le lézard surnommé "moniteur" avertit pareillement de la présence d'un serpent et, dans les campagnes françaises, il veille sur les dormeurs et les vaches des étables, qu'il prévient également quand surgit un serpent, allant parfois jusqu'à se battre avec lui. Par extension, il existe une coutume selon laquelle il suffirait d'accrocher un lézard au plafond de l'étable pour protéger les animaux qui s'y trouvent. On glisse donc d'une fonction d'alerte reconnue à l'animal à un symbole protecteur attribué au motif. Car le lézard est également un motif ornemental très répandu, notamment dans les arts d'Afrique noire, où il apparaît comme un messager des dieux, et chez les Maori, où le "tiki" est un porte-bonheur aux multiples vertus. Dans les hiéroglyphes égyptiens, il signifie "bienveillance". Le pauvre animal a subi bien des malheurs partout dans le monde, pour être transformé en ingrédient magique ou en amulette : mariné vivant dans l'huile ou appliqué en cataplasme, mort ou vif, pour soigner des maladies, frit, cru, en poudre, séché, vendu dans toutes les pharmacies chinoises ou encore, enfermé, en Espagne, dans une boîte remplie de son pour y tracer avec sa queue les chiffres gagnants de la loterie... Sa queue porte chance dans les tirages au sort des conscrits au XIXe siècle, ainsi que lors des jeux d'argent ; on la coud aussi dans les pantalons des pêcheurs ou des écoliers. Avec cet animal dans la poche, pas de lézard, tout va bien...