Qui dit "jade" pense aussitôt à la Chine. En effet, cette pierre y est vénérée depuis des millénaires, et pourtant le mot vient de l'espagnol. Au XVIe siècle, quand les conquistadores rendontrent les premiers Aztèques, ceux-ci leur font découvrir des petites sphères de pierre vert-bleu qu'ils considèrent comme plus précieuses encore que l'or. Les Mayas surnomment le jade "eau précieuse" et en font le symbole de la pluie fécondante, de même que certains peuples africains. Il a également la réputation de soulager, par apllication sur le flanc, les coliques néphrétiques, d'où le surnom que lui donnent les espagnols : "piedra de la ijada", littéralement "pierre du flanc", qui aboutira au français "jade". D'ailleurs, l'une des variétés de cette pierre s'appelle néphrite, du grec nefros, "rein". En Chine, le jade est également considéré comme le matériau le plus précieux qui soit, dont est fait le sceau impérial : il est l'emblème de la perfection, cumulant les cinq grandes vertus que sont la binevaillance, la transparence, l'immutabilité, la pureté et la sonorité harmonieuse. En effet, la perfection de sa sonorité n'est pas la moindre des qualités que l'on attribue au jade : les officiers admis à la cour impériale portaient à la ceinture des jades au tintement minutieusement choisi, censé refléter l'harmonie entre le Ciel et la Terre. Cette harmonie est figurée dans le célèbre emblème impérial appelé pi : un disque percé d'un trou central. Le rond symbolise la perfection du Ciel et le trou, le lieu de passage vertical de l'influx céleste faisant de l'empereur le fils du Ciel, et rappelant également la vacuité de l'être privé de cet influx. Sacré et incorruptible, le jade servait aussi, en Chine, à sceller le ouvertures corporelles des morts. Dans toute l'Asie, il est la pierre des amulettes par excellence, protégeant les foyers et garantissant l'harmonie familiale. Les Japonais en offrent en gage de réconciliation, tandis que les Maoris les portent en pendentifs pour s'assurer une longue vie. L'Occident n'échappe pas à cette croyance : on confère au jade, surtout lorqu'il est blanc, une fonction de porte-bonheur. Des fouilles réalisées dans plusieurs pays méditerranéens ont révélé des jades gravés d'inscriptions chaldéennes en rapport avec le culte de Mithra. Rêver de jade, dit-on, annonce qu'une chose jugée sans valeur se révélera inestimable : n'est-ce pas ce qu'ont compris les conquistadores en découvrant que "l'eau précieuse" pouvait avoir plus de valeur que leur métal jaune? Soit une prise de conscience, qui en effet, vaut de l'or.
|