Il est toujours troublant de constater la pérennité des coutumes qui ont traversé les époques, les modes et les religions. Celle qui consiste à s'embrasser sous une branche de gui accrochée au plafond, encore trés vivace aujourd'hui, date du IIe siècle avant J.-C.! Le symbole du gui, bien que cette plante soit un parasite, est unanimement positif : il est celui qui guérit tout et protège contre le Mal. Il est essentiellement associé aux druides celtes, qui, la sixième nuit de la Lune après le solstice d'hiver, vont le cuiellir en grande pompe alors qu'il est en pleine floraison. Seul le gui de chêne (très rare) est recherché, coupé à la faucille d'or et récolté dans un drap blanc sans qu'il ait touché terre. La plante sacrée est alors distribuée aux participants, qui en suspendent à leur cou ou à l'entrée de leur maison, en guise de protection. De cette cérémonie dante l'expression "au gui l'an neuf", longtemps utilisée par les enfants qui faisaient le tour des maisons pour quémander des étrennes (les "aguinettes") la veille du jour de l'an. Les Romains utilisaient du gui à des fins décoratives lors des fêtes vouées au dieu solaire Mithra. Dès le moment où les Pères de l'Eglise imposent Noël en substitution de ces fêtes, ils condamnent l'usage du gui, jugé païen, et encouragent celui, plus chrétien, du houx. C'est pourquoi le gui est proscrit, aujourd'hui encore, à l'intérieur de certaines églises anglaises. Mais il a la vie dure, c'est bien connu, et c'est pour ça qu'on l'aime, le vert de l'hiver... La coutume persiste donc, notamment en Angleterre : en suspendre un rameau dans la cheminée la nuit de Noël éloigne les esprits malfaisants. Pour l'intégrer à la religion chrétienne, les Bretons l'appellent "herbe de la croix". D'autres font des chapelets avec ses petites boules. Le gui a toujours symbolisé l'immortalité, car c'est l'une des rares plantes chargées de fruits en hiver et il verdit sur des arbres dépouillés. Il a donc servi à l'élaboration de talismans comme de médicaments. baies et feuilles sont accommodées de mille façons pour guérir tous les maux, de la coqueluche à l'épilepsie, en passant par la stérilité. A partir du XVIIIe siècle, il devient un motif ornmental très répandu, la baie se prêtant particulièrement bien à l'utilisation de perles. L'Art nouveau donne un nouvel essor aux compositions végétales : le gui prolifère alors sous toutes les formes décoratives possibles. Il orne aujourd'hui nombre de maisons d'Europe au moment des fêtes de fin d'année. Mais attention, qui respecte la coutume brûle les "rameaux d'or" douze nuits après Noël, sinon il y aura querelle avant la fin de l'année.
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