Grillons et cigales, considérés partout comme d'inoffensifs musiciens, sont particulièrement vénérés en Chine et dans le bassin méditerranéen. En Chine, le grillon est un symbole de vie et de ressurection, du fait de ses trois phases d'existence : à l'état d'oeuf, puis de larve, puis d'insecte. On y élève des grillons chanteurs, précieusement conservés dans des petites cages de bambou tressé ou d'or. On emmène son grillon au parc comme d'autres, ailleurs, vont promener leur chien. Aujourd'hui encore, les hommes accrochent leurs cages portatives dans les arbres et s'installent sous cette tonnelle vivante et sonore pour jouer au mah-jong. Les anciens grecs vouent la cigale à Apollon et en interdisent la mise à mort, sous peine de catastrophe prochaine. Plutarque raconte que la dépouille d'une cigale, déposée par un moineau dans le temple de Bellone, déesse romaine de la guerre, fut considérée comme un mauvais présage ; peu aprés, une guerre civile opposant Marius et Sylla vint confirmer la prédiction. La superstition persiste : en Amérique, tuer une cigale porte malheur et, en Europe, en rencontrer une le matin est un heureux présage. Quant à la croyance populaire selon laquelle on guérit une engelure en faisant chanter une cigale dessus, il y a fort à parier qu'il s'agit, à l'origine, d'une jolie métaphore : quand chantent les cigales, c'est le signe que l'été approche, enterrant la froide saison des engelures. En Provence, surtout à Marseille, la maison est mise sous la protection d'un grillon ou d'une cigale en cage. En Italie, le jour de l'Ascension était autrefois la fête du grillon : un pique-nique à la campagne était l'occasion de ramener à la maison un insecte vivant qui chanterait des mois durant. En Angleterre également, on affectionne particuliérement la petite bête. Charles Dickens lui consacre un conte ("Le grillon du foyer"), en 1845, faisant de lui le "génie du foyer" auprés duquel on vient prendre conseil. C'est donc un animal des champs, "né du crachat du coucou", selon la légende, que l'on ramène chez soi et qui protège la maison en lui donnant vie, soit, en quelque sorte, l'âme des lieux. Difficile à trouver en milieu urbain, le grillon a conservé son statut de porte-bonheur sous la forme de représentation, notamment en broche, à partir du XIXe siècle, et les cigales en terre cuite, à l'entrée des maisons provençales, continuent à évoquer le bonheur de l'été.