Qui Le coutume consistant à élire comme roi, le 6 janvier, celui des convives qui aura trouvé une fève dans sa part de galette remonte à très longtemps... avant même les Rois mages. Les dieux Osiris et Dionysos étaient déjà célébrés à cette date, longtemps considérée comme celle du solstice d'hiver. Lors des saturnales, réjouissances en l'honneur de Saturne qui se déroulaient à la même période, les Romains tiraient au sort un roi de la fête à l'aide de véritables fèves. C'est que la fève, noire ou blanche, est l'ancêtre du bulletin de vote. Elle était également utilisée à des fins divinatoires en Egypte et à Rome, une pratique appelée cléromancie. La graine possède, dans l'Antiquité, une symbolique très forte : les Egyptiens voient en elle la forme d'un embryon et en font le refuge des âmes en atendant la réincarnation. Elle est très longtemps utilisée dans les sacrifices aux dieux, et plus particulièrement lors du culte des morts. Au XVIe siècle encore, en Europe, c'est traditionnellement un plat de fèves que l'on mange le jour des Morts. Parallèlement, dès l'Antiquité, les magistrats utilisent la fève comme porte-bonheur. L'Epiphanie, qui signifie littéralement, en grec, "apparition", célébrait, à lorigine la Nativité, Noël n'ayant été définitevement fixé à la date du 25 décembre qu'en 350. Jusqu'au XVe siècle, le 6 janvier commémore à la fois le souvenir du baptême du Christ, son premier miracle (l'eau changée en vin aux noces de Cana) et l'adoration des Rois mages. Par la suite, on a privilégié cette troisième commémoration, dans la continuité de la lointaine tradition d'élection des rois. La révolution française ne pouvait décemment célébrer la "fête des rois" ; elle lui substitue la "fête bon voisinage" et conserve la pratique des fèves. Toutefois, celles-ci sont peu à peu remplacées par des figurines, qui font d'autant plus office de porte-bonheur qu'elles empruntent souvent la forme des fers à chaµeval, de trèfles à quatre feuilles, de poissons ou d'autres symboles bienveillants. Au XIXe siècle se répand une curieuse mode, celle des fèves en biscuit de Limoges, appelées "cassez-moi, lisez-moi" : il s'agit de petits tubes qu'il faut briser pour pouvoir lire le minuscule message qu'ils contiennent, à l'instar des fortune cookies américains. Qu'elle soit un simple haricot ou un véritable oracle, la fève reste un signe de la chance : on "tombe" sur elle par hasard, et elle donne le pouvoir (celui du roi). Pas étonnant qu'on la conserve ensuite comme porte-bonheur et qu'elle suscite l'engouement des collectionneurs!