Résolument rangé du côté de Satan dans la tradition chrétienne qui le représente terrassé par saint Michel, saint Georges ou le Christ, le dragon bénéficie d'une symbolique plus complexe et positive dans l'imagerie extrême-orientale, celle du principe créateur. En effet, il associe les quatre éléments constitutifs de l'Univers, terre, eau, air et feu : il hante les souterrains, nage au fond des eaux, vole dans le ciel et crache des flammes. Par lui, le Ciel s'unit à la Terre grâce à l'eau fécondante, comme le célèbrent des rituels dans toute l'Asie au printemps. C'est donc un symbole divin et tout-puissant. Pas étonnant que le dragon ait été l'emblème des empereurs chinois! Il est souvent représenté tenant une perle dans sa gueule, la perle de la sagesse, qui a l'éclat indiscutable de la parole du chef, le verbe créateur. Quand il est impérial, le dragon chinois est figuré avec cinq griffes, un chiffre bénéfique. Le dragon japonais, lui, s'inspire des plus anciens dragons chinois, qui n'en possédaient que trois. Violent et doté d'une puissance démesurée, les dragons orientaux figurent souvent par deux en plein combat, un symbole qui rappelle le caducée grec, sur lequel s'affrontent deux serpents. Il s'agit là de figurer l'équilibre dynamique entre des forces opposées, celui du chaos primordial, d'où est née la vie. C'est à ce titre qu'il figure sur des amulettes : un principe de vie, une sublimation de la violence au nom d'une force créatrice. Les autres civilisations l'associent pareillement à la fécondité, qu'il s'agisse du serpent à plumes des Aztèques, du serpent-dragon des Aborigènes d'Australie, caché dans l'arc-en-ciel et tenu pour responsable du déluge primordial dont sont sortis les hommes, de la forme que prend parfois Osiris dans l'ancienne Egypte, maître des crues fertilisantes du Nil, de l'emblème du pays de Galles, dont les terres et les femmes n'ont retrouvé leur fécondité qu'à la mort des deux dragons en lutte prepétuelle, ou encore de la déesse Tiamat des Sumériens. Pour les Grecs, les chrétiens et les musulmans, le dragon semble maléfique, mais il le plus souvent gardien d'un trésor : celui du jardin des Hespérides que convoite Héraclès, celui que combat Tristan pour ramener Iseut... Or, quel trésor est plus précieux, et riche de promesses, que la fécondité? Garder chez soi un petit dragon en guise de porte-bonheur, c'est donc à la fois mettre les forces terrifiantes de son côté et confier au Cerbère ainsi apprivoisé la garde de ce qui nous est intimement le plus cher. Car ce n'est pas le tout de savoir trouver le bonheur : encore faut-il qu'il ne s'échappe pas...
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