Curieusement, un simple bout de ficelle conservé dans un sac à main est considéré comme porte-bonheur. Plus spécialisés, les cordons de saints possèdent certaines vertus : celui de saint Joseph veille sur la chasteté, celui de saint François protège des démons. Mais la plus réputée des cores porte-bonheur est celle du pendu : elle protége des sorts et de tous les dangers, garantit le gain au jeu et la réussite en affaires, guérit les maux de tête, de dents et de gorge... A tel point que, autrefois, elle était vendue au centimètre à pris d'or, soit par le bourreau, soit par la famille de la victime, soit par le pendu lui-même avant son supplice! Signalons, au passage, que le pendu tout entier est un porte-veine, représenté sur son gibet en amulette ou réellement découpé en morceaux : de son sperme naît la mandragore, éminemment magique, son index et ses dents protégent des sortiléges, sa main droite permet de fabriquer une main de gloire, qui garantit l'invisibilité, en Europe comme au Canada. Une véritable panacée! Même dépourvue de pendu, la corde est considérée comme un accessoire magique. Les cordiers de Bretagne, que l'on surnomme "caqueux", furent longtemps regardés comme des sorciers, interdits d'entrée dans les églises et contraints, du XVe au XIX siècle, de porter sur eux un morceau d'étoffe rouge comme signe discriminatoire. Utilisant cette réputation sinistre à leur avantage, ils vendaient, outre des cordes ordinaires, des talismans noués censés rendre leurs possesseurs vulnérables. Car la corde dotée de vertus magiques est souvent nouée, forte du symbole universel, mais ambivalent, du noeud. Les anciens Egyptiens portaient au cou, aux poignets et aux chevilles, des talismans composés de noeuds pour empêcher la vie de s'échapper de leur corps. Ils ont inventé le noeud d'Isis, célèbre symbole d'immortalité porté en amulette et constitué d'un lacet entourant une croix semblable à l'ankh. Dans les pays arabes, le noeud est un puissant symbole de protection ; on se fait des noeuds dans la barbe pour conjure le mauvais oeil. Les joueurs nouent leur chemise, les ramoneurs, leurs bretelles, et les mères, des rubans autour du cou de leurs enfants. La corde tressée constitue une barrière contre les mauvais esprits, notamment au Japon, où elle est appelée shimenawa. Portée en bracelet au Pérou ou au Brésil, la cordelette constitue un porte-bonheur dont la mode s'est largement répandue en Occident : la coutume consiste à faire un voeu, que l'on verra se réaliser le jour où elle se rompra. Soit l'inverse du mythe des trois Parques : quand le fil se casse, la belle vie commence. Un heureux dénouement.
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