Contrairement à toout ce que l'on dit, tout n'est pas bon dans le cochon... Au contraire, c'est un animal ambivalent, l'un des seuls à cumuler une valeur concrète trés positive, en tant qu'animal d'élevage, et une valeur symbolique négative dans de nombreuses religions. S'il est considéré comme un animal sacré par les Grecs, les Romains et les Celtes (sa queue en spirale évoquant la fécondité et la vie éternelle), en revanche, il est qualifié d'impur par la plupart des religions monothéistes. Dans la Bible, il est appelé "l'oeuvre la moins réussie de la Création". Les musulmans vont jusqu'à proscrire sa consommation. L'hindouisme et le boudhisme le condamnent également, parce qu'il se nourrit de déchets et se vautre dans la boue, voire dans la luxure. Au Tibet, il représente l'ignorance ; en Inde, sa rencontre est de mauvais augure. Et pourtant, parallèlement à cette image négative, le cochon est un véritable garde-manger sur pattes pour l'homme : tout se consomme, des pieds aux oreilles, tandis que ses soies font des pinceaux et son suif, des bougies. Dans le monde rural, il évoque la prospérité. C'est en Egypte que cette dualité s'exprime le plus clairement : on y dissocie, d'une part, la truie, symbole de fécondité, et, d'autre part, le verrat noir, emblème des mauvais instincts. Dans l'astrologie chinoise, en revanche, le cochon est un signe bienheureux. Le mot même, tchou, éloigne les esprits malfaisants, d'où les nombreuses amulettes en forme de cochon répandues dans tout l'Extrême-Orient. En Europe, le mot Schwein, qui désigne l'animal, est parfois employé également pour évoquer la chance. En France, il donne sa forme aux tirelires depuis le XVIIe siècle, le caractère prolifique de la truie étant censé amplifier la fortune qu'on lui confie. Dans de nombreux pays d'Europe centrale, on offre des friandises en forme de petits cochons au 1er janvier, en guise de bons voeux. Le "cochon porte-veine" miniature fait fureur à Paris à la fin du XIXe siècle : on le porte en bijou ou en épingle, et les fèves des galettes adoptent souvent sa forme. En Italie, ses dents garantissent contre le mauvais oeil et, peint sur la porte des maisons, il protège ses habitants des cauchemars. Dans la marine américaine, on se le tatoue sur le pied gauche pour se préserver de la noyade. Bref, la superstition aura été plus forte que la religion : qu'importe sa saleté, réelle ou symbolique, la croyance populaire, véritable tête de cochon, s'appuie sur la fonction hautement utilitaire de l'animal et n'en démord pas.
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