Porte-bonheur ou porte-malheur, le chat? Le symbolisme de cet animal est hétérogène. Ses plus fervents adorateurs sont les Egyptiens, jusqu'au IVe siècle : dans une nécropole féline antique, on a découvert 300 000 momies de chats! Ils étaient considérés comme des dieux vivants, associés aux déesses Isis, Nout et Pasht. Tuer un chat était un crime inexpiable, et quand l'un d'entre eux venait à mourir, la famille prenait le deuil en se rasant la tête et le faisait embaumer. Appelés "mangeurs de chagrins", les chats étaient censés absorber le malheur, et ce tout au long de neuf vies consécutives. Les Grecs placent le chat sous la protection de Déméter et d'Artémis. En Birmanie, à Chypre, au Tibet, au Brésil, au Pérou, dans les pays musulmans, le chat est trés respecté, voire sacré, et sa rencontre est de bon augure. Au Japon, le maneki neko ("le chat qui invite") est représenté avec une patte dressée, orne les boutiques et constitue depuis très longtemps un porte-bonheur censé attirer la fortune. En revanche, dans la civilisation judéo-chrétienne, le chat est surtout assimilé au diable, bien que la Bible n'en fasse pas mention. On dit que les sorcières se réincarnent en chats noirs. Depuis le Moyen Âge, les chats ont donc été victimes de toutes sortes de supplices : ébouillantés, brûlés, lancés du haut des tours, mutilés, etc... Pourquoi? Probablement à cause de ce mélange, certes diabolique, de douceur et de sournoiserie. le chat est donc un "domestique infidèle", résume Buffon, tout miel ou féroce selon les circonstances, et obstinément indépendant. En outre, on associe le chat à la Lune, à cause de la forme de ses pupilles, et par là même à Hécate, divinité lunaire grecque de la magie. On lui attribue le don de voir dans le noir, donc celui de clairvoyance : il est mystérieux, indomptable et initié... comme la chance. S'il reste souvent lié au malheur, c'est parfois pour l'absorber, comme dans l'ancienne Egypte : il est bon d'en posséder un, mais en croise un dans la rue est un signe funeste. Pour s'attirer la chance, on avait coutume d'emmurer un chat vivant dans les bâtiments en construction : l'un deux, muré vif en 1547, a été retrouvé intact dans le château de Saint-Germain-en-Laye. Certains soldats de la Première Guerre mondiale conservaient dans leur poche une peau de chat noir en guise d'amulette, et les porte-bonheur à son effigie, ou réalisés à partir d'une touffe de ses poils, sont répandus aux Etats-Unis. Le chat lui-même "est" la chance : "J'ai perdu ma chance" déclara Charles Ier d'Angleterre le jour où mourut son chat, et, le lendemain, il fut emprisonné pour être exécuté...