Quoiqu'elle suscite des phobies, l'araignée est souvent considérée comme un insecte bénéfique, qui débarasse la maison des petits insectes porteurs de germes et indique les prévisions météorologiques. Là se trouve, d'ailleurs, l'origine du dicton : "Araignée du matin, chagrin ; Araignée du soir, espoir", la présence de l'insecte annonçant, ou non, la pluie. Son sens initial s'est cependant estompé, et aujourd'hui subsite l'image de l'araignée comme oracle du bonheur. On la retrouve sur des bijous à valeur de talismans : elle fait partie de ces petites bêtes à la fois esthétiques et répugnantes que l'on sublime en se les appropriant, comme une façon de dompter le mal lui-même. En plus de ce pouvoir qu'elle dégagerait sous forme d'amulette, l'araignée (ou sa toile) entre dans la composition de nombreuses recettes de remèdes populaires, en boulettes (en Angleterre, contre les rhumatismes), ou en omelette (dans les Alpes, pour faire baisser la fièvre) Réduite en poudre que l'on jette sur des cartes ou des dés, elle garantit la chance au joueur. Vivante, on l'enferme dans une coquille de noix ou dans un sachet cousu, que l'on attache autour du cou : elle fait aiinsi à la fois office de protectrice et d'oracle. Si l'insecte survit de cet emprisonnement, c'est que son propriétaire bénéficiera d'uns santé florissante. Le lien entre l'araignée et la divination a toujours été étroit : c'est bien simple, l'araignée tombe du ciel. En voir une descendre ainsi devant soi annonce, en Chine, une heureuse visite et, en Angleterre, un héritage prochain. Ces filandres verticales au bout desquelles elle se suspend ont été surnommées "cheveux de la Vierge" ou "fils de la fée" ; toutes sortes de légendes et de vertus divinatoires leur on été attribuées. l'araignées est une tisseuse, comme les trois Parques ; elle est donc maîtresse du destin. Les Bamoun du Cameroun comme les Incas du pérou l'on interrogée comme un oracle. En Sibérie, en Amérique du Sud et au Viêt Nam, certains peuples considèrent que l'araignée est l'âme échappée du corps. En écraser une n'est donc pas un acte anodin. Dans les pays qui ne lui vouent pas un culte symbolique, comme aux Etats-Unis, ce geste revêt souvent des significations superstitieuses. Difficile, dans tous les cas, d'échapper à la fascination qu'exerce l'araignée. D'où ce parti pris quasi inconscient de la "mettre dans sa poche" plutôt que d'affronter les puissances obscures qu'elle évoque : un porte-bonheur, c'est aussi un écarte-malheur.