Sur la rue de la paix croisant mon désespoir, j'ai rencontré la peur s'échappant de ma mémoire. Elle a traversé de l'autre côté de la chaussée, me regardant en coin sans arrière-pensées. Je l'ai vu partir sur la pointe des pieds, au hasard, en direction d'un autre trottoir.
Comment me regarder sans voir ma destinée ? Le reflet du miroir peint une fleur fanée. Depuis plus de vingt ans, je cours après le temps. Pour qu'il veuille entendre le passé d'une enfant dont le nom est rayé d'une grosse écriture, noir sur blanc, sa vie parsemée de ratures.
J'ai trop longtemps erré sur les quais de la souffrance. Je voudrais me poser sur un banc, boulevard espérance. En regardant les passants danser toute la nuit à la lueur de la poussière d'étoile retombant en pluie sur la grande avenue de la vie, parfois si déserte quand les rêves s'achèvent pour devenir inertes.
Sur les chemins escarpés de la délivrance, sur la place des immigrés en France, j'ai laissé les damnés inconnus de ma rue pour aller converser avec des poètes éperdus de douleur, pleurant à la lueur d'un faux soleil leurs échecs reconstruit par mon sommeil.
Sur l'hymne de la liberté qui fuyait, j'ai rédigé la Constitution de la paix pour mon âme se laissant aller aux rêveries en contemplant les constellations de la nuit. Les ombres se mêlaient dans le ciel glacé chaque fois que me revenait en tête mon passé.
Sur le sentier de mon coeur, j'ai rencontré la métamorphose d'une colombe égarée. Elle a fredonné tout bas sont indépendance retrouvée après avoir vécu "le dernier jour d'une condamnée". Je me souviendrai à jamais de cette mélodie inconnue que les passants sifflent, encore aujoud'hui, dans la rue.
Mélanie |