La lune de chasse monte par-dessus les arbres fourchus,

S'infiltre à travers les sous-bois touffus,

Darde au coeur des biches une soif inextinguible,

Eclabousse la clairiére où brame le Cornu.

 

Un étrange tumulte s'empare de mon être.

Facultés aiguisées, pouvoirs décuplés

Par la fusion avec la Terre et le Vent, la pluie et le Soleil...

Dans ma chair je ressens les senteurs, les couleurs,

Je perçois les mouvances, le flux de la Forêt

Et le désir intense de m'unir au Sauvage.

Alors, je m'ensauvage.

 

La sylphe me captive

Et le raire du Grand Cerf résonne dans ma chair.

Pulsion insurmontable.

Impérieux appel de désir sensuel.

 

Il me faut aller dans la Forêt

Me livrer au plus profond des fourrés.

Délivrée, purifiée des marques de ce siécle de folies

Qui s'essouffle et se flêtrit loin de la Vie

Oubliant les étoiles et les sources,

Les clans, le Vent et la voix du sang...

 

Je cours, pieds nus, portée par l'élan,

Les bras encerclés de bracelets de lune,

Chevelure emmêlée de brindilles et de lianes.

Les feuilles tourbillonnent autour de mes épaules,

Le Vent s'enroule à mes chevilles

Et prend d'assaut ma taille vive.

Mon coeur bat dans mes tempes

Et le Cerf crie dans mon sang,

Son odeur musquée fait bondir mes sens,

Le fracas de ses bois me galvanise,

Sa force impétueuse me brîle d'une irrésistible attirance.

Frénésie d'absorber le grand flux sauvage!

 

Je deviens la Forêt.

Mon corps est désir de biche.

Je bouge comme les branches animées par le Vent.

J'ai appris à marcher dans la Sylphe

Sans faire gémir une brindille,

A me mouvoir avec la souplesse des ramilles,

La fluidité des sources,

La transparence d'un ruban de brume,

A respirer avec le Vent et le souffle des bêtes...

 

(Oeuvre utilisée avec la permission de l'artiste Cebarre)
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