L'extase d'un baiser
 

Tristan L'Hermite (1601- 1665)

 

 

Au point que j'expirais, tu m'as rendu le jour,

Baiser, dont jusqu'au coeur le sentiment me touche,

Enfant délicieux de la plus belle bouche

Qui jamais prononça les Oracles d'Amour.

 

Mais tout mon sang s'altère, une brûlante fièvre

Me ravit la couleur et m'ôte la raison ;

Cieux ! j'ai pris à la fois sur cette lèvre

D'un céleste Nectar et d'un mortel poison.

 

Ah ! mon Âme s'envole en ce transport de joie !

Ce gage de salut, dans la tombe m'envoie ;

C'est fait ! je n'en puis plus, Elise, je me meurs.

 

Ce baiser est un sceau par qui ma vie est close :

Et comme on peut trouver un serpent sous des fleurs,

J'ai rencontré ma mort sur un bouton de rose.