Elle a un lutin, dit-on d'une servante active, prévoyante, rangeuse, qui ne laisse aucune besogne en arrière, et qui exécute avec agilité, avec intelligence, tout ce qu'elle fait. C'est un véritable éloge, car, c'est dire en d'autres termes qu'elle est d'une étonnante habilité. on se sert en Allemagne de la même locution. Grimm nous l'assure à peu prés en ces mots : "On dit encore, proverbialement, d'une servante qui fait bien son service : elle a le lutin. Mais quiconque le met en colère peut prendre garde à soi. Par exemple, s'il arrive que la domestique soit curieuse de voir son petit valet (c'est ainsi que l'on nomme l'esprit servant), celui-ci indique le lieu où elle pourra le voir, et il lui fait apporter là un seau plein d'eau. Elle le trouve en effet au rendez-vous, étendu sur un coussin, et pourvu d'un coutelas qu'il porte sur son dos. A cet aspect, la pauvre fille effrayée se pâme et tombe ; mais le drôle, lui jetant sur le corps toute l'eau de son vase, la fait bientôt revenir à elle." Voilà une curiosité punie ; mais c'est peu de chose en comparaison des vengeances que tire le génie familier d'une servante qui se joue une fois de lui. - Follet, follet, mon petit follet, disait à voix basse la gentille Catherine, que puis-je faire pour me montrer reconnaissante de tant de bons offices que tu me rends nuit et jour? C'est par toi que je brille : sans toi je ne serais rien. - Etre toujours chéri de toi, Catherine, ma bonne catherine ; voilà ma plus douce récompense. - C'est par toi que je suis sage, reprend la candide jeune fille, sans toi je serais peut-être comme tant d'autres! - Et moi, réplique l'invisible fouletot, moi qui suis le plus inoffensif de tous les êtres, sans toi j'en serais le plus méchant. - Follet, mon petit follet, que m'arriverait-il si j'allais devenir amoureuse et songer au mariage? - Prends-y garde, catherine! la vengeance serait terrible. tu l'as dit tout à l'heure, c'est par moi que tu brilles, c'est par moi que tu es sage ; tu serais sans talent, sans vertu, et bientôt sans emploi. Mais Catherine n'écouta pas toujours les conseils de l'esprit ; elle parut du moins les perdre de vue, en prêtant l'oreille à des propos qui n'étaient pas, à beaucoup près, aussi désintéressés : un joli garçon de la ville lui demanda sa main, et la main fut promise. Le petit lutin s'aperçut du changement survenu dans les affections de son amie. Plus fidèle à sa menace que Catherine ne l'était à ses promesses, il tira vengeance de ces affronts, et voici comment. A une heure trés avancée de la nuit, que la maîtresse de catherine revenait d'une soirée, elle voit un jeune homme qui descend avec mystère et précaution de la fenêtre de la domestique en disant : à demain, Catherine, à demain! La dame croit le reconnaître ; elle monte ; va gourmander l'innocente qui dormait d'un bon sommeil. - Allons, allons, dit-elle d'un ton sévère, ne faites pas semblant de dormir ; je sais tout : ce jeune garçon sort d'ici ; je l'ai vu, je lui ai parlé, il m'a répondu. - Mais que veut dire madame? - Je veux dire, Catherine, que je ne puis plus tolérer une pareille conduite, et que votre compte sera fait demain matin. - Je ne comprends rien, en vérité, à ce que dit madame! répétait-elle en se frottant les yeux. - C'est bien, c'est bein! La pauvre catherine calomniée (oh! indignement calomniée, car elle était simple et pure comme une enfant) eut beau se disculper avec toute la sincérité du langage et du coeur, son compte fut fait, et elle, congédiée. Or, tout cela, je n'avais pas besoin de l'ajouter, était l'ouvrage de notre lutin vindicatif : il était allé chez son rival, qui dormait aussi d'un bon sommeil, lui avait enlevé ses habits, s'en était affublé et s'était montré en personne à la maîtresse de maison, afin de lui faire croire à une intrigue amoureuse, et de provoquer contre la parjure et le châtiment de son inconstance. Cette histoire est connue de toutes les fileuses de la Franche-Comté et pas une d'elles ne la met en doute lorqu'on la raconte à la veillée.
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