C'était un soir, fin octobre, dans le temps qu'on laisse encore les chevaux dehors toute la nuit. Un jeune homme était allé conduire les siens aux prés. Comme il s'en revenait en sifflant, dans la claire nuit, car il y avait grand lune, il entendit venir à l'encontre de lui, par le chemin, une charette dont l'essieu mal graissé faisait : Wik ! Wik !
Il ne douta pas que ce ne fût la brouette de la Mort.
- A la bonne heure, se dit-il, je vais donc enfin voir de mes propres yeux cette charette dont on parle tant !
Et il escalada le fossé où il se cacha dans une touffe de noisetiers. De là, il pouvait voir sans être vu.
La charette approchait.
Elle était traînée par trois chevaux attelés en flèche. Deux hommes l'accompagnaient, tous deux vêtus de noir et coiffés de feutres aux larges bords. L'un d'eux conduisait par la bride le cheval de tête, l'autre se tenait debout à l'avant du char.
Comme le char arrivait en face de la touffe de noisetiers où se dissimulait le jeune homme, l'essieu eut un craquement sec.
- Arrête ! dit l'homme de la voiture à celui qui menait les chevaux. Celui-ci cria : Ho ! et tout l'équipage fit halte.
- La cheville de l'essieu vient de casser, reprit l'Ankou (la mort). Va couper de quoi en faire une neuve à la touffe de noisetiers que voici !
- Je suis perdu ! pensa le jeune homme qui déplorait bien fort en ce moment son indiscrète curiosité.
Il n'en fut cependant pas puni sur le champ. Le charretier coupa une branche, la tailla, l'introduisit dans l'essieu, et, celà fait, les chevaux se remirent en marche.
Le jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf, mais, vers le matin, une fièvre inconnue le prit, et le jour suivant, on l'enterrait.
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